Description

Mais aussi avec bien d'autres moyens de transport parfois des plus surprenants... Le 1er juillet 2010, je pars de Bretagne à vélo. Arrivé au Maroc, je traverse l'océan Atlantique en voilier-stop. Je passe ensuite un an et demi en Amérique du sud. Puis d'avril 2012 à septembre 2013, je traverse l'océan Pacifique en voilier. Enfin, en mars 2014, je reprends le vélo pour rentrer en France depuis Bangkok, en suivant la route de la soie à travers la Chine et l'Asie Centrale...

mardi 5 juillet 2011

Forêt amazonienne du Madidi


Une nuit de bus me mène de Santa-Cruz-de-la-Sierra à Trinidad, une petite ville perdue au beau milieu de la pampa del Oriente. C'est habituellement une ville assommée par la chaleur mais actuellement un front froid traverse toute l'Amérique du Sud et, pour une fois, les températures y sont très douces. La ville n'est pas très animée et ne compte quasiment aucun touriste. C'est l'endroit idéal pour me remettre de mes excès de Santa-Cruz. Après deux jours de repos, je reprends un bus en direction de Rurrenabaque. Le trajet est épique ! Le véhicule n'a pas d'âge, les portes ne peuvent plus se fermer, les vitres sont cassées et la carrosserie tient grâce à des cartons collés avec du scotch ! Heureusement, le piteux état de la piste impose une vitesse très limitée. Le bus tangue plusieurs fois dangeureusement et traverse des rivières sur des lanchas incertaines, mais, après 280 kilomètres effectués en 7 heures, nous arrivons enfin à Yucuma ! Il a plu et, après ce village, la piste n'est plus praticable en bus. Je me retrouve entassé dans une voiture, comprenant neuf adultes, deux enfants et deux coqs de combat ! Alors que la nuit est tombée, la voiture s'embourbe plusieurs fois. Nous devons creuser à la pelle et pousser. Nous mettons finalement 6 heures pour effectuer les 100 kilomètres restants ! Les autres voyageurs sont tous Boliviens et ils ont beaucoup d'humour. Ils taquinent le chauffeur en l'appelant "maestro". Ils me disent : " C'est peut-être la première fois que tu viens en Bolivie mais c'est certainement aussi la dernière ! " On rigole bien et, à 23 heures, on finit par enfin arriver, entiers, à Rurrenabaque !





C'est un petit bourg situé sur la rivière Beni, au pied des derniers contreforts des Andes, à la frontière entre la pampa et le début de la forêt amazonienne. L'endroit est charmant, malgré l'intense affluence touristique. Comme à San-Pedro-d'Atacama, le lieu ne se développe que grâce à "l'or rouge". Ce que j'appelle "l'or rouge", c'est l'argent des gringos, à la peau rôtie par le soleil ! Dans les rues, les agences d'excursion se succèdent. Elles proposent d'aller dans la sauvage selva et surtout dans la très touristique pampa. Pour souffler dignement la bougie de mon premier anniversaire de voyage, je décide d'aller au coeur de la forêt tropicale. Un an déjà ! C'est à peine croyable, tant je n'ai pas vu le temps passer. Ces douze derniers mois de ma vie sont les meilleurs de mon existence, les plus riches en découvertes et en partage, douze mois qui n'ont été qu'une succession de moments de bonheur ! Et avec tous les voyageurs, agés d'une vingtaine d'années, que je rencontre, je crois que, cette année, j'ai pris un vrai coup de jeune !


Pour aller en forêt, je passe par la seule agence qui propose une excursion de quatre jours au lieu de trois, et qui va plus profondément que les autres dans le Parque Madidi. Le directeur et guide s'appelle Pedro. Il est Indien Quechua-Tacana et a grandit à San José de Uchipiamonas, une petite communauté de 400 individus, établie au centre du Parque. Le 1er juillet, je pars avec Pedro, Imke et Arend un jeune couple de Hollandais, Nicolas l'intendant, deux autres Indiens et trois de leurs enfants. En barque motorisée, nous remontons un temps le cours du Beni, puis, un de ses affluents, le rio Tuichi. Après six heures et 240 kilomètres de navigation, dans les méandres totalement vierges de la rivière, nous arrivons au lieu de notre campement. Non loin de la rivière, en plein coeur de la forêt, Pedro a construit quatre auvents en bois, très propres, très simples et très beaux. Trois d'entre eux abritent chacun une tente. Un autre est dédié aux sanitaires. Le dernier sert de cuisine et d'espace commun. Les paillotes sont dispersées dans la forêt et reliées les unes aux autres par de petits sentiers pavés de cailloux de la rivière. Pedro a eu l'accord de sa communauté pour établir ce projet. En développant l'écotourisme, il souhaite préserver sa forêt, tout en luttant contre de grandes compagnies pétrolières, qui régulièrement cherchent à s'accaparer ces terres indiennes, afin de les exploiter. Le campement, réalisé par Pedro, discret et naturel, est tout simplement paradisiaque. Le soir, seul dans mon abri, à l'écoute de tous les bruits des animaux de la selva, je me prendrais presque pour Tarzan. Il y a un hamac, une table basse avec une bougie. C'est l'endroit rêvé pour fêter mon premier aniversaire de voyage.





Le lendemain matin, il pleut et il ne fait qu'une vingtaine de degrés, au lieu des 35 habituels en cette saison. L'avantage, c'est qu'il n'y a aucun moustique. A midi, lorsque la pluie s'arrête, Pedro nous enmène dans la forêt : cinq heures de marche dans un incroyable labyrinthe de végétaux. Sous l'intense couverture végétale, on voit à peine le soleil. Au bout de dix mètres, n'importe qui y perd totalement son sens de l'orientation et se trouve dans l'incapacité totale de retrouver son chemin, pouvant passer dix fois au même endroit, sans même s'en rendre compte. De façon surprenante, Pedro, lui, se dirige sans aucune dificulté. Il connait toutes les plantes et tous les animaux de la forêt. Il déchiffre pour nous l'immense bibliothèque végétale que nous parcourons. Ce qui, à première vue, semble un océan vert très uniforme, se différencie, peu à peu, à nos yeux et prend sens. Chaque espèce d'arbre et de plante a des caractéristiques propres, dont Pedro connait tous les usages, nutritifs, médicaux et pratiques. Au fil de notre marche, je réalise que nous évoluons au sein d'un immense réservoir de molécules aux caractéristiques étonnantes. Entre autre choses, je me rends compte que je suis face à la plus grande des pharmacopées, qui servira, sans doute, à faire avancer la medecine de demain. Les grands-parents de Pedro, qui n'ont jamais quitté leur communauté indienne, ne se sont jamais soigné qu'avec des plantes de la selva et ils sont aujourd'hui centenaires ! Pourtant les sociétés modernes sont en train de détruire, à jamais, ce potentiel universel, pour de basses raisons mercantiles. Outre le rechauffement climatique accéléré par la déforestation, les grandes entreprises internationales ne semblent toujours pas réaliser la perte que constitue, pour l'ensemble de l'humanité, le savoir ancestral des peuples de la forêt.


Pedro nous parle de la vie de sa communauté. Celle-ci vit en parfaite harmonie avec son environnement. Bien qu'aujourd'hui, les Quechua-tacanas soient sédentarisés, ils ont gardé des habitudes de vie nomades. Il n'y a pas vraiment de propriété privée. Chaque année, le conseil des chefs de famille, attribue de petites parcelles de la forêt aux personnes qui souhaitent faire un jardin. Après une année d'exploitation, les terrains sont remis en jachère une douzaine d'années, le temps que la selva reprenne ses droits.





Le jour suivant, Pedro nous apprends aussi comment pêcher les immenses poissons de la rivière, avec seulement un fil et un hameçon. Ce jour la pêche n'est pas excellente, mais Nicolas remonte tout de même un gros surubi et une espèce de piranha géant de 8 kilos ! Il nous cuisine ensuite sa récolte de manière traditionnelle : au feu de bois, à l'etouffée dans des feuilles de bananiers et des pousses de bambous. Comme tout ce que nous prépare Nicolas, c'est un vrai délice.


Dans la forêt, voir des animaux sauvages, n'est pas simple. Pour y arriver, nous marchons tous les quatre de longues heures en silence, ne communiquant uniquement lorsque c'est nécessaire, par signes ou à voix basse. C'est une vrai bonheur de communion avec la nature. Pedro est un peu déçu pour nous qu'il fasse inhabituellement aussi frais, car beaucoup d'animaux restent cachés dans leurs tanières. Cependant, ses talents de chasseur et d'imitateur de cri d'animaux nous permettent de rencontrer une grande variété d'espèces. Nous voyons pleins d'oiseaux, des reptiles, des batraciens, des singes, des cochons sauvages, pleins d'insectes et d'araignées de toutes sortes... comme des tarantules mortelles, brr... Le lieu est très sauvage et la rencontre n'est pas toujours assez proche pour faire de belles photos. Mais pour moi, cela ne fait qu'ajouter au charme envoûtant de la selva.





Cette première expérience de quatre jours en forêt tropicale m'a vraiment donné envie de retourner un jour dans un coin encore plus reculé d'Amazonie. Mais on ne peut pas toujours tout découvrir par soi-même. Il est des endroits où un intermédiaire est indispensable pour comprendre un milieu. Alors si vous cherchez un guide compétent pour aller dans la selva du Parque Madidi, je vous recommande vivement de faire appel aux services de Pedro, dont je laisse les coordonnées : Pedro Macuapa-Queteguari, Agence Berraco del Madidi, à Rurrenabaque, http://www.berracodelmadidi.com/.


3 commentaires:

  1. Hola Jacques,

    Nice report of the Madidi trip. We hope your Spanish lessons are going well. We are now in Santa Cruz and leave tonight, back to Holland.
    We hope you have some nice travelyears ahead and don´t forget: Rurre, Rurre, hola Rurre.

    Arend and Imke

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  2. Tu souffles la bougie! Un an, c'est ainsi que tout s'accomplit...

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  3. Joyeux anniversaire mon ami !
    Je me souviens de ton passage chez moi, le 12 juillet, cette date était difficile pour moi tu le sais. Ta présence fut cadeau. Ton aide précieuse. Cela fait un an. Je sentais que tu partais pour longtemps, moi qui ne te connaissais que depuis peu, mais tellement aussi. Un an que chacun nous avons vécu intensément. Un an si riche et différent pour toi et moi que c'est à peine imaginable. Un an pour trouver son chemin respectif. Ton blog est génial, merci du partage. Je t'embrasse. A bientot et gracias a la vida Jacques. Christine

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