Description

Mais aussi avec bien d'autres moyens de transport parfois des plus surprenants... Le 1er juillet 2010, je pars de Bretagne à vélo. Arrivé au Maroc, je traverse l'océan Atlantique en voilier-stop. Je passe ensuite un an et demi en Amérique du sud. Puis d'avril 2012 à septembre 2013, je traverse l'océan Pacifique en voilier. Enfin, en mars 2014, je reprends le vélo pour rentrer en France depuis Bangkok, en suivant la route de la soie à travers la Chine et l'Asie Centrale...

samedi 1 janvier 2011

Bonne Année ! 6 mois déjà...


J'ai passé le réveillon à Salvador da Bahia. Je suis allé à la grande fête populaire organisée sur la plage dans le quartier de Barra, une véritable marée humaine. Au programme : concerts, feux d'artifices, pour une foule en liesse. Beaucoup de gens étaient habillés en blanc et, après s'être purifiés dans l'eau de mer, ou dans la bière pour beaucoup, jetaient des fleurs dans l'océan pour honorer Yémanja, la déesse de la mer, qui est associée à Jésus dans le syncrétisme brésilien.





...6 mois déjà que je suis parti de la Pointe-du-Raz en Bretagne et enfin un " blog " digne de mon voyage. Merci Pascal !

Au début c'est parti d'une compilation de mails, écrits en vitesse et envoyés à mes proches, que mon ami Pascal, compétiteur de parapente, a recopié pour les mettre dans ce blog, dont je lui dois la conception. Un grand merci Pascal pour ce travail sans qui cet instrument de communication n'existerai pas ! Devant la demande pressante des uns et des autres, j'ai, à mon tour, travaillé toute la semaine que j'ai passé ici, à Salvador, pour reprendre, à partir des notes prises dans mes carnets, tout l'historique de mon voyage jusqu'ici. Je remercie également Stanko, mon second web-master, pour sa précieuse aide à distance durant cette semaine de labeur. Chaque jour étant une aventure à part entière, il est évidement impossible de tout raconter ce que je vis, en si peu de mots, sur ce blog. Il reste parfois un moment, une sensation d'un jour. J'espère que, mis bout à bout, cela aura un sens et que vous apprécierez le travail fastidieux que j'ai réalisé pour vous! Cela dit, ça m'a permis de faire le point sur ces premiers mois passés à voyager.



Premier bilan six mois, jour pour jour, après mon départ : voyager, c'est pas des vacances !

J'ai fait plus de 12500 km (une moyenne de 2000km/mois), dont 4500 km en voilier, 3600 km en vélo, 3000 km en co-voiturage, 650 en bus et, pour le reste, je ne vais pas tout vous énumérer. Je n'ai pas vu le temps passer ! J'ai vu du pays, vécu des expériences extraordinaires et surtout fait de très belles rencontres : des personnes d'âges, de cultures, et de milieux extrèmement variés. Six mois, c'est le temps minimum nécessaire pour rentrer dans la nomade attitude. Je vais resigner pour les six prochains mois, avec toujours pour premier objectif, Buenos-Aires, la ville que je n'ai pas revu depuis ma naissance.
On me pose souvent la question : " Pourquoi tu fais cela ? " et je réponds : " Pourquoi pas ? En fait, je n'ai toujours pas la réponse et c'est pour ça que je continue. " J'ai d'abord pensé que c'était une quête de liberté. Mais sur le bateau, j'ai compris que la liberté est un leurre. La véritable liberté est avant tout intérieure. Partir ne peut aucunement être une fuite car on enmène toujours ses problèmes avec soi, où qu'on aille. La chose certaine est qu'en allant chaque jour à la rencontre des autres, je vais un peu plus à la rencontre de moi-même.
On me demande aussi souvent : " Mais tu voyages seul ? ! " " Oui, mais je ne suis pas seul maintenant, puisque je suis avec vous ! " Voyager seul permet les rencontres. Et puis on comprend vite que la solitude est un sentiment. On peut être seul dans une foule, seul dans son couple ou ne pas du tout se sentir seul sur une plage déserte. Quand on est bien avec soi-même, on est jamais seul. Avec le vélo, encore moins ! C'est un véritable outil de communication. Je suis en permanence sollicité et c'est moi qui ai parfois besoin de m'isoler pour assimiler tout ce que la vie m'apporte. C'est important pour pouvoir à son tour donner. Au début, j'étais surpris, voire agacé, de tous ces regards portés sur moi à longueur de journée. Puis, j'ai compris. Que les regards soient admiratifs, envieux, curieux, moqueurs, interrogateurs, j'apporte, avec mon vélo chargé, 10 secondes de rêve à des centaines de personnes par jour. Et tous ces regards, c'est une énergie positive que je reçois en retour. Quoi de mieux que de faire rêver un gosse sur un vélo plutôt que sur une ferrari !
" Alors le vélo, c'est vraiment bien ? " " Oui, c'est super ! Ça va à une vitesse idéale, ça passe partout et c'est un filtre à cons, seuls les gens biens viennent à vous ! " Cela dit, c'est quand même dur physiquement et, mentalement, il faut s'accrocher. Mais pour moi, le plus énervant, ce sont les problèmes mécaniques.
Ce que j'apprécie le plus dans ce voyage ? Avoir le temps de faire les choses à mon rythme, en essayant que ce rythme personnel soit en harmonie avec celui de l'univers.



Bonne année à tous !

mardi 28 décembre 2010

3600 kms à vélo, le "break" s'impose !

Je quitte Mangue Seco à marée basse, par une plage déserte que je longe sur 30 kilomètres. A part quelques buggys de touristes brésiliens en vadrouille, je ne croise personne. Je prends ensuite une piste en cailloux pour rejoindre la Linha Verde, première route écologique du Brésil. Là, c'est enfin au top pour les cyclistes. Pour la première fois depuis que je suis au Brésil, j'ai pour moi tout seul de larges bas-côtés au bitume parfaitement lisse. Malheureusement mon plaisir est de courte durée. D'un coup le vélo s'arrête net. La roue arrière ne tourne plus du tout ! Apparemment, la roue n'a pas été remontée correctement lors des différentes interventions et du sable a dû rentrer à l'intérieur du roulement à bille. Je pousse mon vélo sur trois kilomètres avant de tomber sur un barrage routier. Je finis par convaincre le flic d'arrêter un camion pour que celui-ci me dépose à Condé, le bourg le plus proche, que j'ai dépassé il y a 15 kilomètres. J'arrive tard et suis obligé d'y passer la nuit. Je verrai demain.



Après avoir vu un réparateur, j'ai dû admettre que ma roue arrière est définitivement morte. Il n'y a qu'à Salvador que je peux espérer trouver une pièce pour la réparer. Je prends donc un bus pour faire les 165 derniers kilomètres qui me séparent de Salvador. L'arrivée en ville n'est pas simple car le bus me dépose à 7 km du centre ville et après il n'y a que des bus de ville qui ne prennent pas les vélos ! Je dois pousser le vélo à travers des bretelles d'autoroutes et autres favélas avant de tomber sur un type arrêté sur le bas-côté au volant d'un pick-up. Après une coriace insistance de ma part, il accepte de me prendre en stop et de me déposer en centre ville. C'est la troisième fois que j'arrive à me faire prendre en stop au Brésil mais c'est à chaque fois "mission impossible" tant la population, soumise à une télévision anxiogène, a peur de tout dans ce pays ! Finalement, c'est, une fois de plus, un moment fort, une belle rencontre. Il me sort son album photo de poche, me parle de son métier d'agriculteur dans la canne à sucre, de ses origines japonaises, de sa passion pour l'apiculture, de ses enfants et surtout de sa femme qu'il a perdue il y a cinq ans, ce dont il ne se remet pas. Voilà un exemple de mon quotidien de voyage, de rencontres. Je vais essayer de faire réparer mon vélo ici. Mon voyage suit un chemin que je découvre chaque jour, dont je ne suis pas maître et dont je ne peux me détourner. C'est ainsi que l'espace nécessaire est laissé à l'expression de la providence.


Une fois de plus arrivé de nuit dans une cité inconnue, je découvre, dans le quartier historique de Salvador, une ville toute à fait charmante et joyeuse. J'y trouve une petite pension un peu crade mais qui doit être la moins chère de la ville. Je peux me laver dans une vraie douche, même pleine de champignons aux murs, cela me fait du bien. Et enfin je peux manger mon premier plat de la journée. Ça va mieux. Je vais maintenant aller m'offrir une bonne bière et me coucher !

Copy/Paste by Scalap

samedi 25 décembre 2010

Da Bahia: Feliz Natal !



Je vous écris du paradis, de Mangue Seco exactement, où je me suis arrêté pour passer Noël. Après de nouveaux problèmes mécaniques hier: six nouveaux rayons qui pétent, puis 10 km de camion-stop, 20 km de carriole accrochée derrière un bus qui me prend aussi en stop, et enfin un réparateur, qui impressionné par mon voyage, m'a gentiment changé gratuitement, c'est enfin "direction bonheur"! Ça se mérite!



Mangue Seco est le premier village de l'Etat de Bahia, à la frontière du Sergipe. Le village compte 300 âmes, c'est une presque île uniquement accessible en bateau, avec des petites maisons les pieds dans l'eau, pas de rues, juste du sable, on se déplace pieds nus, et des dunes magnifiques de sable blanc qui plongent dans une eau turquoise. C'est ici que Jorge Amado a écrit: Tieta de Agreste. Je comprends qu'il ait trouvé l'inspiration dans ce lieu paisible.



Des pêcheurs reconvertis en aubergistes accueillent ici quelques touristes très friqués dans de jolies pousadas hors de prix. Mais vous connaissez ma chance, je suis arrivé au coucher du soleil à l'embarcadère et j'ai trouvé un type qui rentrait chez lui en hors-bord, à fond dans la lagune au clair de lune, et qui m'a fait payer le prix minimum. Ensuite, dans la nuit du village sans éclairage, j'ai rencontré un Français très sympa, Patrick. Il travaille à mi-temps en France et vit 6 mois de l'année ici dans une belle pousada. En temps que locataire, à plein temps, il est devenu un peu membre de la famille qui l'accueille. Il a négocié pour moi que je pose ma tente dans le jardin avec vue sur la lagune, la douche et un repas pour 6 euros par jour ! (Bon il faut que j'arrête de parler d'argent mais le Brésil est cher et c'est une vraie préoccupation pour moi). Du coup je passe Noël ici avec Patrick, c'est cool ! Je vous écrirai plus longtemps quand j'aurai regagné le continent car je ne veux pas abuser de l'ordinateur de mes hôtes et la connection , face à la mer, est très mauvaise. Bises à chacun et bon Noël!




Copy/Paste by Scalap

jeudi 23 décembre 2010

Sauvage Nordeste




Ma route va longer le litoral de quatre états du Nordeste: Pernambuco, Alagoas, Sergipe et Bahia, une région où on peut encore trouver des coins sauvages. Après Gaibu, la reprise du vélo est difficile et je subis ma première crevaison. Mais comme partout, je reçois beaucoup d'encouragements sur mon chemin, qui me donnent de l'énergie. Les deux premiers jours, ma route traverse les nombreux champs de canne à sucre du Pernambuco et l'air sent la cachaça à plein nez.



Il y a beaucoup de camions qui roulent comme des fous. A chaque fois que j'en croise un, je suis obligé de me jeter sur le bas-côté, non bitumé et plein de nids de poule. C'est un peu casse-gueule car le goudron forme un dénivelé d'une dizaine de centimètres qu'il faut franchir. Cette conduite demande une concentration de tous les instants, un oeil rivé dans le rétroviseur. C'est crevant. Et j'ai toujours encore un peu mal au dos. A un moment, où ma vigilance baisse, je manque même de me faire embrocher par un bus. Un matin, je constate que j'ai deux rayons cassés de ma roue arrière. Il n'y a pas de réparateurs dans ce coin paumé et je continue ma route jusqu'à Japaratinga, un des premiers villages de l'Alagoas. J'arrive enfin dans un endroit charmant. Je trouve une pousada très bon marché et je fais réparer mon vélo. Le garagiste travaille comme un forgeron, on est loin de la précision des spécialistes parisiens, mais mon vélo repart en parfait état, du moins semble-t-il.



Après Japaratinga, je quitte la grande route bitumée et continue à suivre la côte sur une piste, parfois goudronnée, parfois pavée, le plus souvent sablonneuse ou en tôle ondulée. Il m'arrive même de me retrouver sur de véritables sentiers praticables uniquement à vélo ou à cheval. C'est parfois difficile de rouler sur ces surfaces et je vais moins vite. Mais il y a très peu de circulation et le paysage devient absolument magnifique. L'Alagoas et le Sergipe, hormis leur capitales, Maceio et Aracaju, en plein préparatifs de Noël, sont deux états où il existe encore des centaines de kilomètres de plages désertes, que viennent par moment distraire des villages de pêcheurs. C'est l'idéal pour faire du camping sauvage et je me régale à vivre comme un Robinson.
Un soir je rencontre trois jeunes qui écoutent du reggae dans une case et m'invitent à partager leur diner. Il sont venus passer là le week-end. Je me dis que c'est encore des fumeurs de pétards mais les apparences sont souvent trompeuses, il s'agit de trois évangélistes ! Ayant grandi dans les favelas de Maceio, ils se sont convertis pour échapper à leur addiction à la drogue. On ne me dira pas que la religion n'est pas l'opium du peuple ! Mais pourquoi pas, si cela leur convient ? Depuis leur conversion, ils ne se droguent plus, ne boivent plus, ne font plus l'amour et écoutent un reggae édulcoré, spécialement conçu par leur église, pour cette part de marché. Quand ils commencent à vouloir me convertir à leur religion, ça devient fatigant.



De retour dans la nature, mon chemin croise plusieurs rios, plus ou moins grands. Quand il n'y a pas de pont pour les franchir, il me faut trouver un pêcheur, pour traverser le cour d'eau sur sa barque à moteur. Avec le vélo, ça transforme un peu mon voyage en expédition. Pendant dix jours, j'enchaine des paysages plus beaux les uns que les autres et d'une grande variété : champs de canne à sucre, cocoteraies, rios, zones marécageuses, dunes de sable blanc, plages désertes... et je fais chaque jour plein de rencontres.
La contrepartie de ce paysage préservé est que la majorité du territoire du Nordeste appartient à de grands propriétaires fonciers qui délimitent méticuleusement leurs biens à grand renfort de barbelés. Les routes sont souvent prisonnières de ces clôtures et il n'est pas toujours aisé de trouver des accès aux plages. Dans le Sergipe, autour de la Réserva Biologica de Santa Isabel, les deux plus grandes entreprises pétrolières du pays ont la main mise sur une grande partie du territoire. En échange de leur présence, les entreprises ont réalisé des routes à leurs noms. Est-ce pour les habitants ou pour leurs camions, on ne sait pas très bien. Face à la réserve, au loin sur l'océan, on voit plusieurs plateformes pétrolières. Je pense que le secteur privé n'est pas à même de gérer convenablement les biens publics et je suis inquiet pour l'avenir.



mercredi 15 décembre 2010

Gaibu jardin d'Eden



Je suis depuis une semaine à Gaibu. C'est un petit village au bord de la mer avec une belle plage. J'y ai retrouvé par hasard une amie de Olinda, Monika, une Hongroise (encore!) installée depuis quatre ans au Brésil. Monika, Duraju et Wagner sont venus accompagner Denise au candomblé de Yémanja, la déesse de la mer. Nous sommes allés tous ensemble à la cérémonie. Au programme: bain de purification dans la mer, puis du haut d'une colline faisant face à la mer, près d'un petit temple consacré à Yemanja, offrande de fleurs, danses, capoeira et bon dîner. C'était un vrai moment de communion avec les éléments.




Tout le monde logeait chez Philippe, un Français installé à Gaibu depuis huit ans. Il habite une maison sur la colline, dans une des rares parcelles sauvegardées de la Mata Atlântica, la forêt atlantique primaire. Sa porte est toujours ouverte aux amis et j'ai posé ma tente dans un coin du "jardin". Ici on vit en harmonie avec la nature: bains de mer, cascade d'eau douce, animaux et plantes. On trouve toute sorte de fruits à portée de main.




Toute la semaine défilent de nouveaux amis, la plupart musiciens. Le jeune directeur de 23 ans du conservatoire de Olinda nous chante ses nouvelles compositions. Monika et Wagner se lancent dans des préparations culinaires et des jus extraordinaires. Et ici la cachaça remplace l'eau! Le paradis n'a pas été perdu, il est ici, au Brésil !
Je ne parle pas encore couramment portugais, loin s'en faut, mais maintenant, en vivant au quotidien 24h/24 avec des Brésiliens, je commence à comprendre assez bien quand les gens parlent lentement. C'est pas si difficile!



Email en copie/paste par Scalap